Historie
03/01/2022

Histoire de l’ardoise d’Angers : histoire, grandeur et symbole (II)

En 1851, René Montrieux refonde la Commission des Ardoisières d’Angers, le syndicat des travailleurs et producteurs d’ardoise où les décisions étaient prises collectivement pour tout le secteur. Les nouvelles mesures adoptées par les producteurs et travailleurs eurent un effet rapide, la production à Angers augmentant jusqu’à 220 millions de pièces en 1868 (environ 88 000 tonnes).

Pavillon de la Commission des Ardoisières d'Angers à l'Exposition Universelle, Paris 1900
Pavillon de la Commission des Ardoisières d’Angers à l’Exposition Universelle, Paris 1900

Les zones de Renazé et Segre ont également connu un fort développement, en parvenant à atteindre un volume équivalent à la moitié de la production d’Angers (44 000 tonnes).

Les progrès techniques ont grandement amélioré la production et les conditions de salubrité. En 1863, l’ingénieur Aimé Blavier, président de la Commission à cette époque, publie une étude dans laquelle il décrit les étapes à suivre pour mener à bien la modernisation du secteur, en améliorant les installations électriques, les systèmes de ventilation, la propreté des établis et l’entretien des pistes.

L’introduction de l’éclairage électrique dans les mines a eu une importance particulière car cela a permis pour la première fois de voir l’état du plafond des grandes chambres souterraines qui atteignaient parfois 100 mètres de haut.

Lorsque les ingénieurs commencent à voir le plafond de ces chambres, ils sont capables de prévoir le risque de détachement des blocs d’ardoise, ce qui évite de nombreux accidents. Cependant, les mines sont de plus en plus profondes, ce qui complique les opérations et rend le produit plus cher.

Le système de Sécurité Sociale pour les travailleurs est généralisé dans la deuxième moitié du XIXe siècle, ce qui améliore les conditions de salubrité et contribue à faire quasiment disparaître les conflits du travail au moins jusqu’en 1888 lorsque les différents syndicats ardoisiers intègrent la Fédération Française des Travailleurs des Mines.

En général, l’évolution du secteur est positive durant cette période, à l’exception de la récession survenue en 1870 due à la Guerre Franco-allemande. Au changement de siècle, entre le XIXe et le XXe, l’industrie de l’ardoise est à son apogée dans plusieurs pays.

La Grande-Bretagne atteint sa production historique maximale en 1898, les Etats-Unis font de même en 1903 et la France en 1905. Le stock accumulé par les fournisseurs fut absorbé par un marché insatiable qui semblait ne pas avoir de limite. En 1910, les ventes enregistrées par la Commission s’élèvent à 277 millions de pièces, ce qui représente quelques 111 000 tonnes.

photographie mine angers
Photographie mine Angers, appartenant au catalogue promotionnel édité par la Commission des Ardoisières d´Angers, 1904

La fin de l’âge d’or

Cependant, la 1ère Guerre Mondiale en 1914 met un terme à cet âge d’or. La totalité des travailleurs est mobilisée et les mines se vident. En outre, la majeure partie des machines est réquisitionnée pour contribuer à l’effort de guerre.

Après la victoire de 1918, une période d’euphorie nationale s’installe dans laquelle l’économie prend un nouveau souffle. Les travaux de reconstruction exigent beaucoup d’ardoise, ce qui favorise la renaissance du secteur. La Commission maintient les tarifs convenus avant la guerre dans le but de contribuer à la reconstruction nationale sans profiter de la situation de pénurie que traversent les zones les plus affectées par les combats.

Cependant, les intermédiaires et spéculateurs font leur beurre, en tirant les prix vers le haut et en s’enrichissant de manière abusive. L’augmentation de la production conduit à une saturation du marché en 1930, rendant nécessaire la réduction de la production et du personnel.

L’investissement nécessaire pour ouvrir une carrière ou une mine d’ardoise est toujours élevée et les chances de succès ne sont pas garanties à 100% en raison des nombreux sondages et études géologiques qui sont réalisés. Après 1918, toutes les initiatives destinées à ouvrir de nouvelles exploitations à Angers furent ruineuses.

La 2ème Guerre Mondiale, qui toucha la France en 1940, frappe à nouveau l’industrie de l’ardoise, laquelle ne s’était pas remise de la crise économique de 1930. La production passa ainsi de 260 000 tonnes en 1930 à 130 000, la moitié, en 1938.

Après la guerre, le secteur de la construction relance l’économie et la production d’ardoise augmente (160 000 tonnes en 1946) mais sans atteindre les niveaux des années 20 car les plus grands ravages de la guerre s’étaient produits en Normandie et en Bretagne, les principaux bassins ardoisiers de France.

Les travailleurs du secteur sont finalement inclus dans le Système de Sécurité Sociale Minière, ce qui implique la création d’un salaire de base fixe auquel s’ajoutent diverses primes. Entre 1920 et 1978, le salaire moyen d’un travailleur du secteur est multiplié par cinq. En 1955, l’élan de la reconstruction nationale marque un coup d’arrêt, les entrepôts commencent dès lors à se remplir.

Dans le même temps, la mécanisation des tâches a conduit à une amélioration de la productivité et à rendre le travail moins pénible mais le rendement diminue. Même si les nouvelles machines produisent davantage d’ardoise élaborée, elles ont besoin de blocs bruts réguliers et de bonne qualité, ce qui conduit à éliminer beaucoup d’ardoise extraite des carrières qui pouvait autrefois être utilisée par les équipes de travailleurs expérimentés.

L’interventionnisme de l’État qui veut fixer les prix des industries de production de matériaux de construction oblige à vendre la production à un prix fixe dont 75% concernent les coûts salariaux. Le résultat est un appauvrissement progressif des entreprises et une réduction des emplois de 12 000 en 1903 à 2300 en 1978.

Arsène Brandilly
Arsène Brandilly – Auteur du « Manuel du Couvreur-Ardoisier »

Paradoxalement, la demande d’ardoise augmente en raison de sa popularité. Au XVIIIe siècle, la publicité de l’ardoise était assurée par les bâtiments royaux tandis qu’au XIXe siècle son utilisation dans les gares modernes diffuse l’image de l’ardoise comme synonyme de progrès.

Au début du XXe siècle, les maîtres couvreurs font des recherches et développent de nouvelles applications pour l’ardoise qui modernisent l’architecture en ardoise comme A. Brandilly, auteur du Manuel du Couvreur Ardoisier, probablement le manuel de pose le plus complet et le plus détaillé jamais publié.

L’ardoise est ainsi intégrée à l’architecture moderne et la demande qui s’ensuit ne peut être satisfaite qu’en un endroit : l’Espagne. L’irruption sur le marché français de l’ardoise espagnole, d’ une qualité similaire et à un prix sensiblement inférieur, conduit à la dilution rapide de l’industrie de production française.

La dernière entreprise de production tient jusqu’en 2014, date à laquelle les syndicats et la direction de l’entreprise signent sa dissolution. Aujourd’hui, la France ne produit plus d’ardoise mais possède un important patrimoine industriel comptant des siècles d’histoire en plus d’une architecture élaborée en ardoise.

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